Annobón : Pressions pour fabriquer des coupables et diviser la ville après les dénonciations internationales

Après avoir été détenue illégalement et sauvagement battue, Tecla Morgades Segura a rapporté les faits et a été de nouveau kidnappée par les forces du régime d'occupation colonial.

Entre hier et aujourd'hui, les autorités ont convoqué plusieurs jeunes femmes arrêtées lors des opérations de répression menées début juin à Annobón. Au moins trois d'entre elles se seraient présentées.

D’après les témoignages recueillis sur l’île, lors de ces comparutions, les habitants sont contraints de nier publiquement les abus signalés ces dernières semaines et de désigner les auteurs présumés au sein même de la communauté d’Annobonese, en blâmant leurs voisins pour le fait que « les choses ne vont pas bien » sur l’île.

Ces convocations interviennent après que des témoignages et des plaintes concernant les arrestations et les mauvais traitements ont attiré l'attention internationale.

La contradiction est flagrante. Depuis des mois, les habitants d'Annobón dénoncent l'existence d'un réseau d'informateurs collaborant avec les autorités et les forces de sécurité déployées sur l'île. Or, on tente aujourd'hui de faire porter la responsabilité des exactions aux Annobón eux-mêmes.

Bouc émissaire

Le déroulement des interrogatoires est révélateur. Ils ne portent pas sur le contenu des accusations, mais plutôt sur la manière dont elles ont fuité, malgré la coupure délibérée des communications qui isole l'île. Le fait que les autorités cherchent à savoir comment l'information a fuité, et non si elle est vraie, en dit long, bien plus qu'un simple démenti.

Obliger les victimes ou les témoins à accuser d'autres voisins, des proches ou des membres de la communauté risque de semer la méfiance et la discorde au sein d'une petite ville où règne la solidarité depuis des générations. C'est là, et non plus la clarification des faits, l'effet recherché.

Mais les habitants d'Annobón savent qui a été arrêté, qui a été battu et qui a été détenu au secret pendant les opérations. La réalité vécue par les familles touchées ne disparaît pas simplement parce que de nouvelles versions officielles sont produites.

Les plaintes en provenance de l'île continuent de s'accumuler, tandis que les organisations de défense des droits humains, les juristes indépendants et les médias internationaux réclament des enquêtes impartiales. La déclaration conjointe publiée le 18 juin par l'ASAFED, la Commission de juristes de Guinée équatoriale et EG Justice, ainsi que le black-out des communications constaté depuis 2024 et la condamnation par des experts de l'ONU en 2025, inscrivent ces événements dans un schéma persistant, et non isolé.

Loin d'éclaircir les faits, toute tentative visant à imposer des démentis ou à inventer des coupables au sein de la communauté ne fait qu'accroître les doutes quant aux actions des autorités et renforce la nécessité d'une enquête indépendante et transparente.

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